Ce que Margaret Little a appris avec Donald Winnicott

Intervention de Luis-Eduardo Prado de Oliveira à la Société de Psychanalyse Freudienne le 2 avril 2015.

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Margaret Little et Donald Winnicott

Margaret Little est l’une des psychanalystes les plus originales qui soit. Médecin de formation à une époque où la formation du généraliste était plus rigoureuse que celle du pédiatre, par exemple, elle a fait trois analyses : avec un jungien, le « Dr. X. », avec Ella Sharpe, éminente psychanalyste didacticienne britannique de formation littéraire, spécialiste en Shakespeare, et enfin avec Winnicott. Mieux formé que ses analystes dans la reconnaissance de la séméiologie clinique, elle pouvait reconnaître leurs troubles cardiaques avant qu’ils ne surviennent. Ce fut le cas avec Ella Sharpe et Winnicott.

Son mémoire d’admission en tant que membre à la Société britannique de psychanalyse a été un modèle d’originalité. Ayant comme titre « L’Errante », elle décrivait non pas une patiente livrée aux voyages pathologiques ou à l’errance en ville, mais plutôt une patiente que souvent réalisait des trajets de six heures pour se rendre à son analyse et à qui Little n’a pas manqué de rendre visite à son tour lorsque la nécessité s’en fit sentir.
La présentation du mémoire de cette jeune analyste à la Société britannique de psychanalyse a été l’une des rares occasions où Winnicott s’est littéralement et à très juste titre emporté contre Melanie Klein. Comme celle-ci commentait que le seul apport du texte de Little était de montrer le caractère impératif d’une reprise d’analyse de sa part à elle, Winnicott s’est écrié que ce serait folie de la part d’un analyste d’imaginer qu’il n’en aurait pas le besoin d’en faire autant lui-même, frôlant ainsi la dénonciation d’une certaine folie de Melanie Klein.

Margaret Little a eu à son propre égard un diagnostic sévère, refusé par Ella Sharpe et accepté à mi-mots par Winnicott. Toujours est-il que cet autodiagnostic de Little a fondé une des approches les plus sensibles et les plus révolutionnaires de la clinique psychanalytique, psychiatrique et psychologique, à savoir celui qui établit la distinction entre une partie psychotique et une partie non-psychotique de la personnalité. Quiconque a une expérience clinique prolongé d’un certain type de patients reconnaît le bien fondé de sa contribution. En revanche, ceux qui font de leurs vagues ou prétendues rigoureuses constructions théoriques les bases de leurs approches cliniques, réfuteront l’approche de Little. Wilfried Bion ou Harold Searles, parmi d’autres, feront leurs les thèses de Margaret Little. Nous ne mentionnerons pas, par courtoisie, ceux qui les rejettent.

Un seul mot suffirait à résumer la contribution révolutionnaire de Little : à une époque où les psychanalystes s’égaraient encore souvent dans leurs discussions sur l’articulation entre le transfert et le contre-transfert, ainsi que sur la distinction byzantine des différents aspects du contre-transfert, Little a été la première à souligner le caractère forcément global et intégral de la présence du psychanalyste auprès de son patient. Nous y verrons sans aucune difficulté une position pionnière de celle de Jacques Lacan au sujet du désir de l’analyste.

La présente conférence faite le 2 avril 2015 dans le cadre d’un séminaire à la Société de psychanalyse freudienne souligne ce que Margaret Little considère avoir appris avec Winnicott et les éventuels problèmes de leur analyse qui, au demeurant, ne leur étaient pas exclusifs.

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