Fondements freudiens de la formation de l’esprit ou L’éveil de la curiosité chez l’enfant.

Roman familial du névrose, complexed’Oedipe.

L’apport de la psychanalyse. Cours de L1. 30 novembre 2012

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ou en téléchargement : Théories sexuelles infantiles.

Les théories sexuelles infantiles, le roman familial du névrosé et le complexe d’Œdipe possèdent une puissante cohérence interne, qui les relient les uns aux autres et forment la première théorie complète de l’esprit, avant que celui-ci ne s’envole à la découverte du monde, conçu d’abord sur le modèle des passions familiales, après que la famille elle-même ait été formée à l’image de l’univers qui l’entoure.

Les théories sexuelles infantiles visent à répondre à des questions relatives à la naissance : comment suis-je né, comment naissent les enfants, comment surgissent les êtres humains ? Les réponses à ces questions supposent une origine orale et anale, la conception étant orale et la naissance anale. Ce sont les modèles que l’enfant peut immédiatement appréhender dans son propre corps.

Arrivé à cet stade, dégoûté par les excréments et par le soupçon naissant de la sexualité, l’enfant se détourne de sa famille et s’invente un roman familial du névrosé. D’abord, il serait l’enfant d’autres parents, imaginés comme grandioses, un roi et une reine, un lointain prince et une princesse éloignée. La présence quotidienne de la mère transformera ce roman idyllique et donnera forme au fantasme de la mère putain, ayant appartenu au roi et appartenant maintenant à cet homme présent. Sa présence quotidienne à lui sera source du fantasme du père voleur et bandit. La maman et la putain, le roi et le brigand peuplent le roman familial.

Père et mère installés dans leur réalité fourniront l’occasion du déclenchement des passions œdipiennes : écarter le père et posséder la mère, pour le garçon ; éloigner la mère et posséder le père, pour la fille. Ces passions, ainsi manifestées dans leur positivité, s’organisent aussi de manière négative : écarter la mère et posséder le père, pour le garçon ; éloigner le père et posséder la mère pour la fille. Leur succession rapide et instable permettra à l’un et à l’autre de découvrir leurs désirs, certainement articulé à ceux des parents et de leurs entourages. Oncles, tantes, grands-parents et autres familiers apportent les signifiants qui permettent à l’enfant d’organiser une chaîne signifiante où prend forme son discours et son désir.

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Les sources de la psychanalyse.

Entre Freud et Ferenczi.

Au sujet de : Service du prof. Marie-Rose Moro. (29 novembre 2012)

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ou en téléchargement : Les sources de la psychanalyse..

La psychanalyse est issue de l’auto-analyse. C’est une évidence. Freud insiste fortement sur ce point, à plusieurs reprises, pendant longtemps.

L’auto-analyse, pour sa part, a une longue histoire, qui commence avec le précepte socratique et vient jusqu’à Kant, qui met tout un chacun en garde contre les dangers de l’auto-observation, porte ouverte au délire [1]. Freud déjoue celui-ci en établissant des paramètres à l’auto-observation, en écrivant et en imaginant ses correspondants.

Ces paramètres sont : la sexualité, le rêve et le souvenir d’enfance. D’autres s’y ajoutent, comme la psychopathologie de la vie quotidienne, l’utilisation de la nosographie psychiatrique, l’interprétation des œuvres littéraires ou artistiques du point de vue de la théorie qu’il bâtit à partir de ces trois premiers paramètres.

L’écriture est autant épistolaire que clinique ou théorique. La correspondance est le véritable terreau de la construction théorique et de son élaboration. Elle sert aussi comme support à la discussion clinique. En grande partie, la psychanalyse appartient à l’histoire de la littérature épistolaire plus qu’à l’histoire de la psychiatrie, de la psychologie, de la psychopathologie, bien plus qu’à l’histoire de la critique d’art et même de la littérature, malgré l’inspiration que Freud y trouve.

*****************

[1] « Cette observation de soi est une réunion méthodique des perceptions faites sur nous-mêmes, ce qui fournit à celui qui s’observe la matière d’un journal intime et conduit facilement à l’exaltation et au délire. » E. Kant (1797), Anthropologie du point de vue pragmatique, Paris, J. Vrin, 1964, traduction M. Foucault.
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L’Autre, l’histoire, Khan, Winnicott, Heidegger

L’Autre, l’histoire, Khan, Winnicott, Heidegger

Mise à jour du : 26/11/2012.

Prisonniers du grand Autre, Jean Allouch Régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps, François Hartog False Self. The Life of Masud Khan, Linda Hopkins
Lectures et portraits, Donald Woods Winnicott Adversus Heidegger. Dérapages de la pensée sur un chemin forestier, Oriane d’Ontalgie

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Actualité de la clinique psychanalytique des psychoses. (1/5)

Actualités de la Psychanalyse

3ème Congrès d’Espace Analytique – Septembre 2012

Jean-Claude Aguerre : présentation

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Actualité de la clinique psychanalytique des psychoses. (2/5)

Actualités de la Psychanalyse

3ème Congrès d’Espace Analytique – Septembre 2012

Laurent Delhommeau : Délire, création, transfert et l’institution de soins.

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Actualité de la clinique psychanalytique des psychoses. (3/5)

Actualités de la Psychanalyse

3ème Congrès d’Espace Analytique – Septembre 2012

Gorana Bulat-Manenti : Psychose et amour.

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Actualité de la clinique psychanalytique des psychoses. (4/5)

Actualités de la Psychanalyse

3ème Congrès d’Espace Analytique – Septembre 2012

Marie Terral-Vidal : Du corps familial à la polyphonie institutionnelle : l’entrée dans le langage avec un enfant psychotique

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Actualité de la clinique psychanalytique des psychoses. (5/5)

Actualités de la Psychanalyse

3ème Congrès d’Espace Analytique – Septembre 2012

Luiz Eduardo Prado de Oliveira : La périodisation comme méthode de recherche.
Périodisation de la question du transfert psychotique.
Un cas peu connu de Freud : le jeune A. B.

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Un certain Freud

Un certain Freud

Au sujet de : Les patients de Freud : destins

de Mikkel Borch-Jacobse
Sciences Humaines Éditions, 2011

Luiz Eduardo Prado de Oliveira [1]

(Version PDF ici)

J’ai lu ce livre de Borch-Jacobsen avec beaucoup d’intérêt, ayant moi-même étudié ce sujet aussi bien par intérêt personnel que par intérêt professionnel. Je fais des cours pour des étudiants universitaires et je viens d’écrire un livre, Ferenczi, la psychanalyse autrement, où j’ai approché de près le matériel qui sert aussi à Borch-Jacobsen. J’ai trouvé son livre d’autant plus passionnant qu’il n’y a pas beaucoup de livres en français à ce sujet. Faut-il dire que la France présente un paysage assez désolant en termes d’éditions psychanalytiques. Malgré toutes les apparences en sens contraire, la France devient de plus en plus paroissiale dans le paysage mondial des publications. Celui qui n’y lit pas l’anglais, reste un chercheur aveugle. Il n’y a aucun espoir que soient traduits en français des livres comme Unorthodox Freud : the View from the Couch, de Beate Lohser et Peter M. Newton, publié à New York et Londres, qui présente un vaste panorama des patients de Freud et de leur destin, ou Unfree Associations : inside psychoanalytic institutes, de Douglas Kirsner, publié à Londres, qui présente un vaste panorama de comment sont conduites les discussions dans les milieux psychanalytiques. Il est donc d’autant plus précieux que des chercheurs internationaux comme Borch-Jacobsen publient d’abord en français avant de publier en anglais.

Je dois avouer que je n’ai pas lu Le livre noir de la psychanalyse, car j’ai trouvé au bout de quelques pages que c’était très mal écrit. Je fuis systématiquement tous les livres mal écrits, y compris la malheureuse édition des Œuvres complètes de Freud en français, qui prétend présenter comme méthode et rigueur ce qui au fond n’est qu’incompétence traductive. Il faut avoir présent à l’esprit que Laplanche s’était donné le français de Chateaubriand comme modèle à respecter pour ces Œuvres complètes. Le résultat final en est l’opposé.

J’ai parcouru Le dossier Freud : Enquête sur l’Histoire de la Psychanalyse, de Borch-Jacobsen et Sonu Shamdasani. Je l’ai trouvé d’un certain intérêt, mais trop rébarbatif. « L’héroïque auto-analyse dont on nous rabat les oreilles n’a, en fait, jamais eu lieu », par exemple, est une phrase trompeuse. Qu’il n’y ait pas eu d’héroïsme est une chose, que l’auto-analyse n’ait pas été héroïque est une deuxième chose, que l’auto-analyse n’a pas eu lieu est encore autre chose. La phrase telle que les auteurs la présentent est trompeuse en ceci qu’elle mélange beaucoup d’affirmations, ayant l’air de ne pas le faire. Sa conclusion est tout aussi trompeuse. « À la fin, l’auto-analyse n’aura jamais été qu’un moyen de justifier l’argument d’autorité. » Elle trompe le lecteur en ceci que, si l’auto-analyse a bien été cela, elle n’a pas été que cela. Pour affirmer son autorité, Freud faisait feu de tout bois. Il disposait aussi d’autres manières, plus subtiles, comme la rhétorique de ses interventions dans des débats, que nous pouvons étudier dans les Minutes de la Société psychanalytique de Vienne et aussi dans certaines de ses lettres. Son argumentation typique est la suivante : « Vous avez parfaitement raison et ce que vous apportez est essentiel. Néanmoins, vous ratez le plus important. »

Je pense que le débat suscité par Borch-Jacobsen est trop important pour les historiens pour qu’il soit gâché par des diatribes. Bien entendu, il est possible d’argumenter que, comme le refoulement en provenance du mouvement psychanalytique est trop puissant, il vaut bien que les auteurs qui le contestent emploient une passion similaire. La force du retour du refoulé est proportionnelle à la force du refoulement. Refoulement et retour du refoulé sont des choses qui se passent dans nos pensées et auxquelles nous sommes devenus plus attentifs depuis que Freud a attiré notre attention là dessus en leur donnant ces noms. Je ne dis pas que Freud les a découvertes. Ce serait insensé. Mais il les a nommées et, partant, il a rendu plus facile de les penser.

J’ai commencé à lire le dernier livre de Borch-Jacobsen avec beaucoup d’intérêt et pas une seule fois je n’en ai été ennuyé. Je l’ai trouvé passionnant en tant que document journalistique, essentiel aux studieux du freudisme et de l’histoire de la psychanalyse. Ensuite, j’ai lu avec beaucoup d’intérêt l’entretien que cet auteur accorde au Cercle Psy. Bien entendu, il est sain d’affirmer que Freud « était odieux » quant tant d’autres gardent une vision pieuse du « sage de Vienne », du « génie immortel du vingtième siècle » et autres fadaises. Voici un exemple très clair d’un Freud odieux. Au sujet de Stekel, sur qui pourtant autrefois il a dit le plus grand bien, à la mi-mars 1924, il écrit à Lou Andreas-Salomé : « Tant qu’on aura pas le droit de faire exterminer de telles gens par les autorités, il faudra hélas ! accepter leur existence. » Mais que déduire au juste, sinon que Freud était excédé et qu’il s’exhibait devant son amie. Une telle déclaration n’a rien de politique et en faire des déductions de la sorte aurait autant de sens que de déduire, à partir du Marchant de Venise, que Shakespeare était antisémite.

Toutes mes recherches m’amènent à peu près à la même conclusion que Borch-Jacobsen. La différence est la suivante : je dirai que Freud était odieux parfois. Et qu’il était aussi souvent extrêmement séducteur. Souvent encore Freud pouvait être odieux et séducteur dans une même relation, par rapport aux mêmes personnes. S’il n’avait pas été séducteur, il n’aurait pas réuni autant de monde autour de lui. Il pouvait aussi être séducteur et catastrophique, par exemple en permettant à la Princesse Marie Bonaparte d’exiger une intervention chirurgicale destinée à résoudre sa frigidité. Ou avec les Frink et les Bjours.

Je pense qu’il est faux de prétendre que tous les patients de Freud étaient de la plus haute aristocratie ou bourgeoisie viennoise. Et même que Freud mettait à la porte ses patients qui ne pouvaient plus payer. Borch-Jakobsen ferait mieux de relire son propre livre. Au sujet d’Emma Eckstein : « Freud ne se faisait pas payer, comme il se doit entre amis. » Au sujet d’Olga Hönig : « Il l’a traitée sans aucun payement. » La cure de l’Homme aux loups a été suspendue bien avant la révolution russe et non après. Une fois qu’il a connu des difficultés financières, Freud organisait des collectes pour l’aider. Les propos de Borch-Jakobsen sont trop importants pour les discréditer avec des affirmations qui parfois contredisent d’autres informations apportées par l’auteur lui-même.

La plus haute aristocratie ou bourgeoisie viennoise n’était pas composée de juifs. Ceux-ci y arrivaient. La plus part des patients de Freud était composé de parvenus très récents, comme d’ailleurs lui-même l’était, faut-il le rappeler. Une partie de la communauté juive d’Europe de l’Est connaissait alors un important mouvement d’ascension sociale, alors qu’une autre partie de cette communauté était abandonnée aux pogroms. Ceux des villes et ceux travaillant auprès des familles traditionnelles aristocratiques pouvaient parfois s’enrichir rapidement, comme les Wittgenstein, alors que les paysans et les serfs, isolés dans des villages ou de bidonvilles, subissaient la cruauté des populations locales racistes. C’est cette situation sociale très déséquilibrée qui engendrait peurs et angoisses, névroses et psychoses. Tout cela est très bien documenté dans des articles et des livres autrement pondérés que ceux de Borch-Jakobsen, comme le très important article d’E. Mühlleitner et J. Reichmayr, “Following Freud in Vienna : the Psychological Wednesday Society and the Viennese Psychoanalytical Society, 1902-1938”, qui ne sera pas traduit en Français, mais que je mentionne largement dans mon Les pires ennemis de la psychanalyse. Nous pouvons nous référer avec profit également à l’article de L. Rose, « The Moral Journey of the First Viennese Psychoanalysts », qui prolonge et approfondit l’article précédent. Plus près de nous, et cette fois-ci en français, nous avons d’A. Waugh, Les Wittgenstein : Une famille en guerre. Cette famille, dont est issu le philosophe, est un exemple typique des mouvements sociaux extrêmement importants pendant la durée de la vie d’un homme, puis ses retombées pour la deuxième génération. C’est cette bourgeoisie ou aristocratie là celle à laquelle se réfère Borch-Jakobsen.

Par ailleurs, Freud a beaucoup encouragé, insisté et travaillé pour que soient ouvertes les polycliniques psychanalytiques de Vienne et Berlin, qui pionnières des cures analytiques gratuites, fondatrices de tout notre système de santé mentale en Europe Occidentale au cours du vingtième-siècle et encore aujourd’hui. En négligeant tout cela, Borch-Jakobsen discrédite son livre.

Il est absolument vrai que Freud avait parfois de lubies plus que curieuses : sa passion envers Jung est de celles-là. Car c’en était une, de crise passionnelle. Qui se termine avec une grosse déception, comme toutes les passions. En revanche, sa crise passionnelle envers Frink est bien plus catastrophique, car Freud y a mis toutes ses capacités manipulatrices et ce patient était autrement plus troublé que Jung. Frink correspond d’ailleurs exactement au resurgissement de la même folie qui avait amené Freud à se passionner pour Jung, aggravé du fait des fortunes en jeu. Malheureusement, Angelika Bjour, deuxième femme de Frink, n’était pas aussi sensible et intelligente qu’Emma Jung. Freud les convainc tous les deux de divorcer et de se remarier, il essaye désespérément de convaincre Bjour de faire des « dons » assez conséquents pour le mouvement analytique, bref, comme on dirait — du « n’importe quoi » !

Je pense qu’il n’y a pas un seul être humain de génie qui ne serait susceptible de connaître les mêmes travers que Freud. Einstein a gardé une relation parfaitement sadique et perverse avec sa première épouse. Cela ne dévalorise pas pour autant son apport à la science. Toutes les pièces de Shakespeare ne sont pas aussi géniales que Hamlet, mais il y a quand même celle-ci et d’autres de la même valeur. Les raisonnements sociopolitiques et pseudo anthropologiques de Freud sont absolument catastrophiques et sa pratique de la cure psychanalytique est très souvent douteuse, mais il a créé une nouvelle forme de clinique qui obéit à des paramètres qui restent révolutionnaires aujourd’hui, quand ils sont correctement utilisés.

Il se trouve que je ne suis pas seulement chercheur et professeur. J’ai travaillé pendant trente cinq ans dans des hôpitaux psychiatriques et dans des centre médico-psycho-pédagogiques. C’est une expérience que, je pense, Borch-Jacobsen n’a pas eue. La psychanalyse ne guérit pas tout le monde. Il y a eu un grand dévoiement de la profession de psychanalyste, déjà largement signalé par des auteurs comme Eisold dans des nombreux articles dont “The Self-Destructiveness of Psychoanalysis : A Failed Profession”, manuscrit inédit de 2001, qui m’a été communiqué par l’auteur et que j’utilise dans, Les pires ennemis de la psychanalyse. Dévoiement et limites sont vrais, mais la théorie psychanalytique offre une grille unique d’approche des troubles mentaux et de la pensée en général. Le vingtième siècle n’aurait pas été ce qu’il a été, ni notre siècle n’aurait commencé tel qu’il est sans l’aventure des premiers psychanalystes, dont celle de Freud. Notamment — et surtout — la psychanalyse est venue prêter main forte à une façon d’être humaniste auprès des fous et de la folie. Probablement elle n’a pas été le seul facteur à avoir amené les sociétés occidentales à plus de compréhension et d’attention à la folie, mais elle a été l’un des plus importants. Essentiellement, Freud a pu réaliser une grande partie du programme de Kant de création d’une anthropologie clinique, ce que Foucault a reconnu en écrivant sa thèse portant ce même titre. Ce serait dommage de perdre cet outil de pensée et de le réduire au rang d’un outil comme les autres, tel que le fait Borch-Jakobsen. Ce serait dommage de gâcher des éléments d’observation importants qui apparaissent dans son livre, en les laissant confinés dans les limites d’un livre curieux, mais qui, somme tout dessert ses propos, s’il n’est pas analysé et critiqué.

En s’en prenant aux légendes sur Freud au nom de la critique historique, l’historien Borch-Jacobsen a probablement raison. En en faisant un peu trop, il se met en tort et paradoxalement, conforte ces légendes. Surtout, comme il ne consulte pas toutes les sources disponibles, comme il ne se relit pas et comme il tient des propos imprécis et contradictoires, il gêne la marche non pas seulement de l’histoire, mais une avancée plus sereine de la pensée.

[1] Directeur de recherches à l’Université de Paris 7 – Denis Diderot, professeur à l’Université européenne de Bretagne-Brest.
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Mon expérience de l’autisme

Garance

autour d’Écouter Haendel
de Scarlett et Philippe Reliquet

Gallimard, 2011

Prado de Oliveira

(Version PDF ici)

Écouter Handel est une jubilation de Garance, enfant autiste. C’est aussi le titre d’un livre où ses parents racontent leur découverte lente et douloureuse de l’autisme de leur fille. Lente et douloureuse, mais aussi riche de compréhension, de sagesse et d’ouverture aux possibilités offertes à l’exploration de mondes autres que les nôtres, dits « normaux ».

Une clinique du sujet est forcément une clinique de la subjectivité, différente par exemple d’une clinique des corps. Une clinique de la subjectivité est forcément une clinique du transfert et implique le contre-transfert. Je ne peux aborder ce que je comprends qu’en exposant ma manière de comprendre. Écouter Haendel est un livre précieux, délicat, sensible, émouvant, habité par Garance, cette petite fille, jeune fille, préadolescente, adolescente, que ses parents découvrent progressivement autiste, nous guidant dans leur découverte, nous faisant à notre tour découvrir l’autisme comme si c’était la première fois que nous en entendions parler.

Garance n’est pas une enfant autiste comme les autres. Elle est unique et nous regarde de ses yeux bleus. Par temps d’orages théoriques, Garance est un rayon de soleil qui illumine et vivifie nos lourdes lectures. À travers les mots de ses parents, elle rend encore une fois vivants pour moi mon Jérémie et mon angelot  (Jérémie, enfant, en lutte contre l’autisme, la schizophrénie, la paranoïa », www.pradodeoliveira.org, aussi Topique, 2004, 87, 89-111 ; « Être seul avec un mort : solitude et identification narcissique », Dialogue, 129, 1995, Le sentiment de solitude)

Garance n’est pas seule, pas plus que Jérémie ou l’angelot ne l’ont été. Il y a une faute grave qui consiste à culpabiliser les parents des enfants autistes. Il y aurait une autre faute qui consiste à laisser croire qu’ils ne sont pas présents dans l’autisme de leur enfant. Comme le montrent les auteurs d’Écouter Haendel, ils vivent avec leur enfant. Eux et leur histoire.

Quand j’ai reçu l’information de la publication de ce livre à travers Laurent Levaguerèse et le site Œdipe, par un de ces problèmes qu’internet et l’informatique provoquent, j’ai lu Écouter Haendel, Scarlatti et Reliquet. J’ai immédiatement trouvé merveilleux qu’Œdipe et Laurent nous invitent à écouter Haendel et Scarlatti, mais Reliquet, je ne connaissais pas. J’ai été donc chercher sur les nuages ce musicien inconnu, contemporain sans doute de Haendel et Scarlatti. Parallèlement, j’ai écrit à Laurent pour lui faire remarquer l’immense faute de Gallimard à oublier le i final de Scarlatti. Ce n’est qu’alors que j’ai compris que l’un des auteurs de ce livre avait comme prénom Scarlett et l’autre Philippe et que les deux formaient un couple dont le nom de famille était Reliquet, qui, du coup n’était pas un musicien contemporain de Haendel et Scarlatti, mais un chercheur, écrivain et poète contemporain. Mais cette découverte n’a rien enlevé à mon trouble.

Les jours se sont passés. Je venais et revenais à Scarlett et Philippe Reliquet. Car les auteurs qui signent ensemble sont quand même rares. J’y vois, dans cette manière de signer, une sorte de fusion conjugale et d’indifférenciation dans le couple, dure épreuve imposée aux parents par des enfants comme Garance. Confrontés à cette manière particulière d’être au monde, ces parents n’auraient pu réagir qu’en se soudant, me suis-je dit. Sauf si c’était le contraire, mais comment le savoir ? Sommes-nous ceux qui font de nos enfants ce qu’ils sont ou ce sont eux qui ont fait de nous ce que nous sommes ? L’enfant, ancêtre de l’adulte – trouvais-je ma solution à mes pensées, en fin de compte sur mes enfants, qui tout autrement me semblent bien loin, sur d’autres planètes.

J’arrive à la fin d’Écouter Haendel. Garance a été confrontée à la disparition de sa grand-mère. « Bonne maman, la vieille bonne maman, est morte. » (S. et P. Reliquet, Écouter Haendel, Paris, Gallimard, 2011) Garance n’a pas manifesté de tristesse en présence de son visage immobile. Nous, si ! Ce sont deux paragraphes plus douloureux que les autres. Mais, alors, quand Garance se rendait au cimetière et disait aux morts de se lever et marcher, chapitre bien antérieur à celui de la mort de Bonne maman, c’était avant ou après ce dernier décès, c’était pour quels morts ? S’agît-il d’un effet littéraire qui consiste à irréaliser le temps ? Ou les parents de Garance se rendaient avec elle au cimetière en visite à d’autres morts, à ceux qui ont précédé Bonne maman. Jérémie et mon angelot étaient prisonniers des morts dont le deuil s’étendait longuement, longuement, créant une temporalité distendue à l’extrême, de toute façon trop longue, créant une forme de vie écartelée entre ralentissement et précipitation. (C’est ce que j’ai essayé de dire dans mes « Notes sur la culture, le délire, l’hallucination », Schreber et la paranoïa : le meurtre d’âme, Paris, L’Harmattan, 1996, pp. 267-290.) Comment savoir ce qui se passe quand les enfants comme Garance se bouchent les oreilles surtout quand aucun bruit ne se fait entendre ? Peut-être qu’ils entendent des bruits et des voix venues d’outre-tombe, se bouchant les oreilles pour ne plus les entendre.

Claudine Geissmann et Pierre Geissmann par exemple, auteurs d’une Histoire de la psychanalyse d’enfants, ou encore Henri Vermorel et Madeleine Vermorel, qui établissent et commentent la correspondance entre Freud et Romain Rolland, ou encore César Botella et Sara Botella, psychanalystes. Bien sûr, il y a Rosine et Robert Leffort, auteurs de L’enfant loup et le président. Certains reconstituent une histoire, les autres sont en prise directe avec l’autisme et la paranoïa, car, bien entendu, le président est le Président Schreber, alors que la désignation choisie pour le patient évoque l’Homme aux loups.

Scarlett et Philippe Reliquet reconstituent aussi une histoire, mais c’est une histoire singulière, celle de Garance, pour qui l’histoire familiale semble se résumer à une grand-mère morte et beaucoup de voyages où elle rencontre beaucoup d’étrangers. Cela me rend curieux de ces gens dont je cherche à lire d’autres livres. Ensemble, ils signent un livre sur Henri-Pierre Roché, l’enchanteur collectionneur et un autre comportant sa correspondance avec Marcel Duchamp, en 1999 et 2011, respectivement, à un peu plus de dix ans d’écart. Aujourd’hui, il est difficile de se souvenir de Roché, auteur de Jules et Jim et de Deux anglaises et le continent, outre un grand nombre de nouvelles inédites. Ses deux livres remarquables ont été filmés par Truffaut. Ces deux hommes souffraient de se comparer à Don Juan. Mais, tout seul, Philippe Reliquet a écrit L’Outrage et Gilles de Rais, Maréchal, monstre et martyr, en 1972 et 1982, à dix ans d’écart. Je n’ai jamais pensé à Gilles de Rais comme à un martyr. Un coupable condamné n’en est pas un, même s’il prétend l’être. Gilles de Rais a été le violeur et le meurtrier officiellement de cent quarante enfants, avant d’être arrêté et condamné à mort en proie à un délire mystique.

Vu le grand écart temporel entre ces œuvres et surtout entre les œuvres où Philippe Reliquet signe seul et celles qu’il signe avec Scarlett Reliquet, je me demande si Garance était déjà née à l’époque du premier livre de son père, ou à l’époque du premier livre signé ensemble par son père et sa mère. Ou si elle était née entre-temps. Je m’interroge aussi sur la possibilité que les ombres de Gilles de Rais et de Ruché aient pu tomber sur son chemin : « l’ombre de l’objet tombe sur le moi », écrit Freud dans Totem et tabou et dans Deuil et Mélancolie. Dures et sombres questions pour reconstituer l’histoire d’un enfant dit autiste, de manière à lui apporter une perspective tridimensionnelle et polyphonique. Les fantasmes de mort, sinon les morts eux-mêmes ou des séparations violentes, dont le deuil n’a pas pu être fait, hantent toujours les sources de l’autisme.

L’accès au langage impose un deuil inaugural. Pour advenir comme sujet, pour qu’une place lui soit laissée en propre, un enfant nécessite que ses parents effectuent ce deuil. S’ils acceptent la perte, alors l’enfant lui aussi peut l’accepter. S’ils ne font pas leurs deuils des multiples événements, personnes, lieux, odeurs, visions de leur existence, dont déjà celle de l’enfant dont ils rêvent, leur enfant y reste pris, prisonnier d’une monde où chaque expérience est indissociable des autres, tout en restant fragmentée, prise dans des lambeaux interminables. Les enfants autistes sont des prisonniers de la fange constituée par l’incapacité à oublier de leurs parents trop attentifs.

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