Schreber, la paranoïa, la psychanalyse et la littérature

Les Nouveaux chemins de la connaissance, France Culture, Le 24 septembre 2013.

À la fin septembre 2013, les services d’Adèle Van Reeth et de France Culture m’ont invité à participer à une émission sur la paranoïa. Luc Boltanski y parle de La théorie du complot », Alain Grosrichar, reprenant le titre d’une émission de Michel Foucault, évoque « Rousseau, juge de Jean-Jacques », François Laroque traite de « Shakespeare : quand le doute mène au crime », qui aborde notamment Richard III. Bien entendu, Schreber m’a échu et je parle du « Cas Schreber ». Les quatre programmes consacrés à ce sujet se trouvent ici.

J’ai essayé d’expliquer qu’il n’y avait pas de « cas Schreber », mais plutôt d’un « cas Freud », qui traduit les thèses de Serieux et Capgras au sujet de la paranoïa ou folie raisonnante, publiées en France avec ce titre en 1909, en se servant de Schreber pour illustrer ce qu’il avait appris, lui, Freud, avec l’expérience clinique de Ferenczi, exposée depuis 1900. Ce que Freud a appris avec les uns et les autres, maintenant il le présente comme sa découverte. Et c’est sûr qu’il transforme profondément Serieux, Capgras et Ferenczi en ajoutant à leurs thèses les siennes propres sur le refoulement et le retour du refoulé.
À part cela, Schreber n’était pas un paranoïaque. D’ailleurs, Freud hésite, et ajoute à son titre « démence paranoïde », ce que nous considérerions aujourd’hui comme une schizophrénie paranoïde. Mais Freud hésite encore et finit par le considérer simplement comme « Le Président Schreber ».

Et nous oublions tous que cet homme était un « fou littéraire », d’après les exemples de Raymond Queneau. Schreber a écrit un livre, il a été président d’une association littéraire franco-allemande, il adorait la musique et l’opéra, il a été un excellent conseiller juridique, même après son hospitalisation psychiatrique. Il a été aussi imbu de religion et son délire comporte de nombreux traits faisant référence à ses expériences religieuses. Ainsi, la folie n’exclue pas la raison et n’implique nullement ni l’imbécilité, ni l’ignorance. Schreber illustre fréquemment sa folie avec des exemples d’œuvres d’art ou religieux. Il n’est pas rare que des expériences extrêmes impliquent la folie, comme la religion, la politique, la science et la psychanalyse. Freud efface soigneusement deux des formes de délire retenues par Serieux et Capgras de ses propres classifications. Ces formes de délire signalées par les deux psychiatres français sont la quérulence, ou la manie des disputes et de la discussion, et le délire d’interprétation !

J’aurais voulu que mon exposé à Adèle Van Reeth soit accompagné des pièces musicales mentionnées par Schreber : le Faust et le Tannhäuser, notamment. Hélas, cela n’a pas été possible. Vous trouverez le lien pour mon exposé ici.

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