Vue d’ensemble de l’histoire de la psychanalyse d’un point de vue clinique.

Intervention de Luis-Eduardo Prado de Oliveira dans son groupe de travail à la Société de Psychanalyse Freudienne, le 26 novembre 2015.

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Freud, Ferenczi, Melanie Klein, Anna Freud, Winnicott, Lacan, Masud Khan.

Nous nous sommes proposés de parcourir l’histoire de la psychanalyse à travers sa clinique. D’emblé, il faut se rendre à l’évidence qu’il n’y a pas une, mais plusieurs sources de la psychanalyse. Une source autrichienne, viennoise, certes, avec Freud et les autres viennois : Wilhelm Stekel, Alfred Adler, Otto Rank, par exemple ; une source hongroise, à Budapest, avec Sándor Ferenczi, certainement, mais aussi Imre Hermann, Sándor Radó, Franz Alexander et d’autres ; une source allemande, berlinoise, avec Karl Abraham, Max Eitingon, ceux qu’ils ont formé, nombreux, dont Melanie Klein, qui doit plus à Abraham qu’à Ferenczi. Il y a aussi ceux qui sont les petits frères, qui viennent à la traîne, en Angleterre ou aux États-Unis, Ernest Jones ici, Abraham Brill là. Ces écoles ne sont pas les mêmes. Chacune obéit à l’esprit de sa culture. La vision caricaturale que nous avons de la psychanalyse, le psychanalyste assis derrière son fauteuil, en silence, intervenant de temps en temps, c’est la psychanalyse berlinoise. Cette vision correspond à la façon qu’a Abraham d’exercer. Nous le savons parce que nous disposons de témoignages. Melanie Klein parle ici ou là de son analyse avec Abraham. Bien plus tard, Theodor Reik, psychanalyste autrichien immigré aux Etats-Unis comme tant d’autres, comme presque tous les hongrois mentionnés ici, Reik pleure et dénonce la « prussianisation » de la psychanalyse, l’ombre mélancolique qui s’est abattu sur la psychanalyse, déchaînée par Abraham. Car la psychanalyse viennoise ou hongroise sont des psychanalyses gaies, frivoles et dramatiques, mais rieuses. Il faut voir Freud.

Il faut voir Freud se rouler par terre dans sa cuisine avec ses chiots et une de ses patientes, Hilda Doolittle, en essayant de lui fourguer un de ses chiots. Faut voir Freud avec Marie Bonaparte, lui faisant le baisemain peut-être, lui offrant des bagues, la courtisant. Faut voir Freud recevant le mari de sa patiente Dorothy Burlingham, son mari et l’avocat du mari, faisant le drôle avec eux, car Dorothy est sa patiente, mais ses quatre enfants sont en analyse avec Anna Freud, qui vit maritalement avec leur mère, pas tout de suite, mais progressivement. Ce qui se passe tout de suite est que Dorothy s’installe dans le même immeuble où habitent les Freud et qu’elle fait aussi installer une ligne téléphonique directe de sa chambre à la chambre d’Anna Freud, pour que les deux puissent se parler la nuit, avant de dormir. Ils sont très drôles ces trois là, Freud, Anna Freud et Dorothy Burlingham, auxquels il faut ajouter bien entendu Martha Freud et Minna Bernay, sa sœur, belle-sœur de Freud, qui vit avec eux, c’est-à-dire, les Freud et les Burlingham forment une vaste famille, avec leurs patients, à eux tous se rendant à la Bergasse, se croissant, liant connaissance. C’est comique.

Freud et ses patients

Freud n’obéit pas du tout au modèle berlinois d’Abraham. Freud est viennois. Nous pouvons dire en gros que la pratique clinique de Freud comprend quelques périodes : avant l’Interprétation des rêves, quand Freud se rend en clinique, fait sa tournée de visites médicales au domicile des patients et aux cliniques où ils se trouvent, hypnotise et fait des touchers, palpe ses patients, tout cela est bien décrit dans les Études sur l’hystérie. C’est aussi la période où Freud adhère au B’nai B’rith. Cette organisation a été créée aux Etats-Unis, par des ouvriers, des petits commerçants, des artisans, tous juifs, issus de l’immigration, pour élever le niveau culturel des juifs et éviter leurs querelles confessionnelles qui faisaient ravage dans la communauté. Ils arrivaient dans un nouveau pays, ils voulaient présenter bien, éviter leurs malheurs européens, bâtir ce pays avec les autres peuples qui y étaient, éviter les discriminations. Le B’nai B’rith alphabétisait les juifs immigrés aux États-Unis par exemple, enseignait à ces juifs leur histoire, c’était un mouvement assez important. Ensuite, vers 1890, ils viennent en Europe et s’installent en Allemagne, en Autriche, en Hongrie. À Vienne, ils créent la Loge Vienne. Ce ne sont pas des francs-maçons, mais ils s’en inspirent. Freud y adhère, il y fait des conférences, il y occupe une position important, il est le responsable des nouvelles adhésions et du recrutement. Ses conférences sur le rêve sont courues, Freud est applaudi, ovationné. Le B’nai B’rith donne à Freud une grande importance dans la communauté juive, par delà le monde académique, universitaire et hospitalier. Le B’nai B’rith permet à Freud d’être connu en Europe et aux Etats-Unis par delà les circuits universitaires et hospitaliers. Toute sa vie, Freud appartiendra au B’nai B’rith. Il y assurera des activités et participera à leurs activités sociales longtemps après son livre sur L’Interprétation des rêves.

Ensuite, il y a une période de transition : c’est le cas du « petit Hans » et de la Société des mercredis. Freud analyse Wilhelm Stekel, son premier disciple, qui lui souffle l’idée de créer une Société psychanalytique, raconte la légende. Freud analyse la mère de « Hans », Olga Hönig. Il reçoit aussi le père du garçon, Max Graf, c’est d’ailleurs peut-être lui qui les a présentés l’un à l’autre, ce sont des amis. Freud oriente Max pour qu’il analyse le « petit Hans ». Plus tard, il dira que Max a entrepris une « analyse classique » ou qu’il a employé la « technique classique ».
Cette période, c’est aussi le cas de « Dora » et de « l’homme aux rats ». Ils ne viennent pas voir Freud cinq fois par semaine. Il suffit de lire le Journal de l’analyse de l’Homme aux rats. Les séances sont irrégulières, si tant est que Freud ait bien tenu son Journal. C’est aussi la période de l’analyse d’Albert Hirst, qui se termine en 1910, qui vient voir Freud six fois par semaine, mais pour une courte période. Hirst et Freud conversent, au début en face à face. Freud intervient beaucoup, opine, conseille.

Après la transition, la guerre, les nord-américains

En 1910, commence l’analyse de « l’homme aux loups », qui vient s’installer à Vienne rien que pour suivre une analyse avec Freud. Il vient d’une famille très riche. Alors, Freud a tout le loisir de le recevoir six fois par semaine, cela pendant une durée de quatre ans. C’est la première fois qu’une telle chose est entreprise. « L’homme aux loups » est une source de revenus sûre pour Freud. C’est une troisième période.

Puis, commence la guerre. C’est une nouvelle période, la quatrième peut-être. C’est la période où Freud analyse Sándor Ferenczi. C’est une analyse à plusieurs séances par jour pendant de courtes périodes de deux ou trois semaines. Freud analyse aussi Elma Pálos, belle-fille de Ferenczi et, en même temps son ex-patiente et son amoureuse. Contrairement à l’analyse de Ferenczi, celle d’Elma doit avoir lieu plusieurs fois par semaine, puisqu’elle s’installe à Vienne à cette fin. Freud écrit quasiment un journal de cette analyse dans les lettres qu’il envoie régulièrement à Ferenczi.

Puis, en 1918, il y a la fin de la guerre. C’est en définitive encore une nouvelle période, car les patients nord-américains vont débarquer et les européens sont assoiffés de devises. Freud écrit le cas de « l’homme aux loups ». En quelque sorte, c’est aussi un texte de propagande, de publicité, une carte de visite. Et Freud commence immédiatement l’analyse de sa fille, Anna. Là aussi, ce sont plusieurs fois par jour, pendant plusieurs années, et même pendant les vacances, puisqu’Anna Freud écrit de lettres journal à Freud, comme Ferenczi autrefois. Nous connaissons tout cela parce qu’Anna Freud écrit à Lou Andréas-Salomé et parce qu’il nous reste ses lettres à Freud. L’analyse d’Anna aussi, connaît au moins deux tranches. Ses symptômes réapparaissent entre l’une et l’autre. Et quand Freud se prépare à entament une troisième, Lou Andréas-Salomé intervient pour suggérer que point trop n’en faut. De cette période, en parallèle à sa fille, Freud analyse une autre Anna, Anna G., qui laisse un témoignage très intéressant, y compris des interventions ou interprétations de Freud, plutôt longues et discursives d’ailleurs, comme Ferenczi déjà le critiquait.

Et immédiatement après la guerre, il y a un déluge d’étudiants nord-américains en Europe. C’est la première fois que des soldats de leur pays se sont battus au loin de leurs frontières, qui plus est pour régler des conflits entre des pays dont ils ont été autrefois des colonies. Les étudiants viennent assoiffés de connaissances, de sciences et d’arts, peut-être qu’ils se disent qu’il convient de mettre tout cela à l’abri avant que les européens ne se remettent à les détruire. Parmi ces milliers et milliers d’étudiants, un certain nombre s’intéresse à la médecine, dont à la psychiatrie et, enfin, certains s’intéressent à la psychanalyse. Freud et Ferenczi se livrent à une véritable concurrence sur le terrain des patients nord-américains. Ferenczi analyse Izette De Forest, Elizabeth Severn, Clara Thompson, Alice Lowell, d’autres encore. Freud analyse Abram Kardiner, Horace Frink, Carl Liebman, Edith Banfield Jackson, Dorothy Burlingham, Ernst Blum. Anna Freud, puisqu’elle a été formée à l’analyse par son père, reçoit en analyse tous les enfants Burlingham. Et tout cela, c’est de l’analyse classique. C’en est une idée bien différente de celle que nous avons aujourd’hui.
Leur clinique n’est pas constituée exclusivement de patients étrangers, mais ceux-ci payent en dollars et c’est très important. D’autant plus qu’il y a la maladie de Freud et les angoisses qui accompagnent le risque de sa mort prochaine. Anna Freud reprend progressivement le mouvement psychanalytique en mains. Et, comme elle devient la secrétaire particulière de son père, peut-être aussi qu’elle a une participation dans son élaboration théorique.
C’est une dernière période. Le mythe d’un Freud « sage de Vienne », la légende dorée de la psychanalyse se créé. Qui sont les patients qui viennent maintenant ? Marie Bonaparte viendra jusqu’à la fin. Dorothy Burlingham aussi. Smiley Blanton, Hilda Doolittle, Joseph Wortis, John Dorsey, ce sont tous des témoignages qui datent de cette période.

Rien de toutes ces cures ne semble paraître dans les écrits techniques de Freud. C’est vrai que, à partir de remarques de Ferenczi, Freud est venu à admettre que tous ses conseils dans ses écrits techniques étaient essentiellement négatifs, adressés aux jeunes débutants et que, au fond, chaque analyste devait découvrir sa propre technique. Le mouvement psychanalytique l’a oublié.

Ferenczi et ses expériences : technique active, relaxation, analyse mutuelle.

Nous connaissons la pratique de Ferenczi essentiellement à partir de deux documents : ses articles réunis dans les Écrits de Budapest et de son Journal clinique. Ses articles portent sur sa période préfreudienne. Son Journal, sur sa période post-freudienne. Entre les deux, nous connaissons les cas cliniques qu’il publie dans ses articles théoriques disséminés dans les différents volumes de son Œuvre complète. La pratique de Ferenczi comporte des moments problématiques, comme son passage à l’acte dans son analyse de sa belle-fille, Elma, qui devient sa maîtresse avant qu’il ne l’envoie pour une analyse à Freud, qui s’entretient constamment avec lui, dans leur correspondance, au sujet de l’analyse de cette jeune femme. À la transgression de l’un répond la transgression de l’autre, sans rien dire que Ferenczi connaît entre-temps des tranches d’analyse avec Freud et que celui-ci s’entretien par correspondance également avec l’épouse de Ferenczi, Gizella. L’analyse se situe alors dans un vaste réseau de commérage et ragots. Nous n’apprenons rien au sujet de l’analyse proprement dite d’Elma ou de Ferenczi, si ce n’est qu’elles impliquaient de ramener des problèmes actuels à leurs sources infantiles telles qu’elles étaient reconstruites par Freud ou par les deux participants. On appelle « transfert » l’importance que l’un ou l’autre attribue à l’interlocuteur, contre-transfert l’importance que celui-ci attribue à son analysant.

Ferenczi donne aussi des exemples cliniques de ce qu’il appelle de « technique active », à savoir des injonctions faites au patient en vue de l’obtention de l’éveil d’un souvenir, lequel souvenir peut facilement être ramené, de notre point de vue à nous, lecteurs aujourd’hui, à ce que Ferenczi attend du patient. Ainsi, avec une jeune femme dont Ferenczi supposait qu’elle se masturbait, il finit par lui interdire toute activité qui pourrait se rapprocher de la masturbation, jusqu’à obtenir d’elle une conversation à ce sujet. Ou Ferenczi donne des exemples cliniques de ce qu’il entend par « technique de la relaxation », une sorte de psychodrame primitif joué entre analyste et patient, où l’analyste sollicite les associations d’un rêve du patient en se mettant lui-même dans une situation semi endormie, parlant d’une voix très basse, apaisante, rêveuse en somme. Freud le félicite pour la technique active, où il voit un véritable progrès de la technique psychanalytique, et le rabroue pour la relaxation, où il voit une régression et une rupture de la position de neutralité de l’analyse.

Enfin, dans son Journal, Ferenczi mentionne souvent ce qu’il appelle – et que tous considéraient à l’époque comme étant ‑ de l’analyse mutuelle. Max Eitingon mentionne dans ses lettres que « tous à l’époque » s’analysaient mutuellement. Ferenczi mentionne dans une lettre à Freud qu’il avait conseillé à tous, à Vienne et a Zurich, de s’analyser mutuellement. Jones mentionne, lui aussi, que sur le pont du bateau qui les conduisait aux Etats-Unis, Freud, Ferenczi et Jung analysaient mutuellement leurs rêves. Nous savons que Jung attribue le début de sa rupture avec Freud, le refus de celui-ci de porter plus avant avec lui l’analyse d’un de ses rêves. Nous savons qu’Otto Rank s’approche de Freud en lui faisant parvenir à travers Alfred Adler l’analyse faite par lui, Rank, des rêves présentés et déjà analysés dans l’Interprétation des rêves, et que leur destinataire s’en réjouit tellement qu’il quasiment adopte Rank, et que son nom apparaît sur la couverture de toutes les éditions ultérieures de ce livre jusqu’en 1924. Nous savons enfin que Freud jouait à l’interprétation mutuelle de leurs rêves avec son frère Alexander. Ainsi, quand Ferenczi revendique l’analyse mutuelle, ce qu’il fait exactement est de revendiquer un retour de la psychanalyse aux pures sources de ses origines. Ce qui s’était passé entre-temps aurait été la déformation de l’inspiration originale de la psychanalyse par son élargissement et institutionnalisation comme mouvement.

À l’origine, l’analyse mutuelle consistait dans la pratique de parler conjointement des rêves ou d’autres expériences quotidiennes, comme les actes manqués ou les lapsus, et de les ramener à leurs sources infantiles ou éventuellement sexuelles. Nous savons que pendant longtemps Freud a proposé que les sources sexuelles ne soient cherchées que dans la mesure où les explications par d’autres sources se seraient montrées insatisfaisantes et que c’est plutôt Rank qui insistait pour que ces sources sexuelles soient mises systématiquement au premier plan. Une trentaine d’années plus tard, pour Ferenczi, l’analyse mutuelle semble se réduire à la reconnaissance par l’analyste de ses difficultés personnelles lors d’une analyse. Clara Thompson, importante analyste nord-américaine, patiente de Ferenczi, met fin à ses rêves d’analyse mutuelle en exposant le fondement sexuel pour ainsi dire de cette expérience. Et si, en étant en analyse avec Ferenczi, elle prenait un patient en analyse mutuelle, avec qui, de ce fait, elle pourrait venir à s’entretenir au sujet de son expérience avec Ferenczi. Autrement dit : dans un couple, si l’un se permet des infidélités, l’autre peut tout aussi bien en faire autant. Elle questionne ainsi da tolérance de Ferenczi, qui désormais s’abstiendra de toute analyse mutuelle. Il n’en reste pas moins que ses acquis dans le domaine sont devenus les fondements des pratiques analytiques qui refusent à l’analyste le rôle de pur observateur des processus inconscients du patient, comme l’entendait Freud.

Winnicott, Lacan, Melanie Klein, Anna Freud.

L’expérience de Ferenczi nourrit celle de Donald Winnicott, dont nous savons à travers de nombreux exemples et reconstitutions qu’elle était la plus informelle qui fut. Si Melanie Klein a importé et reconduit en Angleterre la pratique de Karl Abraham, en exacerbant les prétentions théoriques freudiennes à ce que l’analyste soit un pur observateur impartial, et même si Anna Freud a dû prétendre se rapprocher d’une telle position pour contrer les critiques que lui ont été adressées du fait de son analyse par son père et de son analyse des quatre enfants de son amie de cœur, Dorothy Burlingham. Mais Anna Freud ne se lovait pas entièrement dans le modèle de Melanie Klein. Par exemple, elle tricotait des chandails pour l’enfant à naître de tel patient. Au fond, quelle différence entre le passage à l’acte tabagique de l’analyste et le tricot ou même la rédaction de son courrier, qu’on attribue à Lacan ? Il s’agit dans tous les cas pour l’analyste de garder son attention flottante, ce que ne faisaient ni Abraham, ni Melanie Klein, adeptes, eux, au contraire, d’une attention soutenue aux dires des patients. Winnicott échappait à tout cela.

Winnicott analyse sa secrétaire, se rendant même à son domicile quand elle est malade. Winnicott prend la fuite quand une de ses patientes casse un vase dans son bureau. Winnicott joue avec des enfants en analyse avec lui et héberge à son domicile un petit patient rescapé d’un des établissement où sa femme travaillait comme assistante sociale et lui comme pédopsychiatre. Winnicott prend en analyse l’épouse d’un de ses patients, Masud Khan, acceptant même que celui-ci laisse à sa femme l’horaire de ses propres séances, puisqu’il n’y avait pas d’autres de libres.

Il est difficile de connaître les raisons de la diffusion des images caricaturales de la psychanalyse. Et encore plus difficile de critiquer Lacan à partir de ces caricatures. Le premier à réduire le nombre hebdomadaire de séances est Franz Alexander, analyste hongrois immigré aux Etats-Unis, et le premier à ne faire qu’une séance par semaine, au vu et au su de Freud qui ne le désavoua jamais, est Abraham Brill, psychanalyste autrichien immigré aux Etats-Unis, un des pionniers de la psychanalyse dans ce pays. Il y a un côté ludique dans les expériences techniques de Lacan, côté ludique qui lui vient directement de Ferenczi et dont hérite également Winnicott. Si certains patients se sont laissés abuser par ce ludisme et si Lacan en a profité pour en abuser, c’est une autre affaire, mais la séance ultra courte était aussi très probablement une manière de s’adresser à la psychose présente chez chacun.

En tout cas, si l’attention flottante, la parole libre sur le rêve, sur le souvenir et sur le sexe restent les fondements de la technique psychanalytique, le champ de l’innovation reste largement ouvert à la sensibilité de chacun.

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